Clash avec un trublion

Publié le par Apprenti Juriste

Parallèlement à mes études,  j’ai la joie d’exercer un « job d’étudiant ». Ma fonction que mon contrat de travail désigne pompeusement par « hôte de caisse » consiste à supporter plaisanteries approximatives et commentaires désagréables et accessoirement à faire payer aux clients leurs courses.

Dans ce métier on voit défiler tout un spectre de clients allant du fantôme qui va utiliser tous le moyens à sa disposition (grognements, langue des signes ) pour ne pas engager de conversation avec vous à la petite mamie qui connaitra votre existence sur le bout des doigts alors qu’elle ne vous a acheté que 3 tomates et un quart de morceau de viande.

Mais aujourd’hui, j’ai du créer une nouvelle catégorie de client : le trublion. Faisant un point d’honneur à ne pas remplir ce blog de vocabulaire injurieux, c’est le seul terme que j’ai trouvé !



Je vous cite la conversation et vous laisse ainsi vous faire une idée :

 Le magasin ferme à 20h30. La fermeture du magasin se déroule ainsi : 15 minutes avant une annonce est faite comme quoi le magasin ferme. Les derniers clients se dirigent vers les caisses.

 Une fois que tout le monde est sorti, Mr arrive à ma caisse avec un cadi rempli, il est 20h25. Après le mal qu’il s’est donné je n’ose le refuser et l’accueille (ne suis-je pas un hôte ?). Je passe ses articles sans aucun incident notable. La maxime « dis moi ce que tu achètes, je te dirais qui tu es » m’indique qu’il est célibataire (plats cuisinés, charcuterie, aucun légume) et plutôt mal dans sa peau (pas mal d’alcool). Je lui annonce le montant.

 Monsieur : Je n’ai pas assez, il faut retirer des articles.

Moi : Que souhaitez-vous retirez ?

Il me désigne quelques articles, la procédure m’impose d’aller chercher une clé détenue par le responsable. Je m’exécute, reviens vers lui et annule quelques articles.

Monsieur après avoir fouillé dans sa poche : Ah non finalement, j’ai assez. Repassez-moi les articles.

Moi : Bien sur.

Je passe ses articles puis finalise la transaction avant de lui demander la somme requise.

Monsieur : Ah ! J’ai un bon d’achat.

Dieu merci, je connais la manip, je lui passe son bon d’achat et lui annonce le nouveau montant et oh miracle, il finit par payer.

Monsieur avance un peu et se fige à la lecture de son ticket de caisse.

Monsieur : Ah, le Babybel je crois que ce n’est pas le bon prix. C’était 30 centimes moins cher. Vous pouvez aller vérifier ?

Moi : Monsieur, il est 20h45, cela fait 15 minutes que le magasin devrait être fermé, je ne crois pas que ce soit le moment.

Monsieur : Non mais quoi, vous êtes fonctionnaire ?

Il était tard, je venais d’enchainer une semaine de fac et 10 heures de boulot dans la journée, sa tête ne me revenait vraiment pas et j’ai senti que la situation pourrait s’envenimer.

Moi : Sécurité ! J’ai un client qui pose problème.

  2 mètres au garrot, 120 kilogrammes sur la balance et un faux air de Barracuda d’agence tous risques (voir photo ci-contre) arrive à marche forcée sentant dans ma voix le désespoir de l’homme épuisé par la bêtise de son espèce.
L'interlocuteur en face de moi culminait à 1m60 soit 40 cm de moins que son nouvel adversaire.
 Barracuda : Monsieur, c'est quoi votre problème ?

 Monsieur étais déjà vachement refroidi mais on sentait en lui la vigueur du petit gros batailleur.

 Monsieur : C’est intolérable, je suis client, il doit s’occuper de moi jusqu’au bout.

 Barracuda : Non mais monsieur c’est fini là, on ferme !

 Monsieur qui tente sa vanne favorite sur Barracuda : Non mais quoi, vous êtes fonctionnaire ?

 Barracuda fronce dangereusement les sourcils, s'approche, ce qui marque encore plus la différence de taille, se redresse et le regarde droit dans les yeux.
Cela produit son effet, Mr se calme mais continue à baragouiner son charabia à base de « je suis client… ce n’est pas normal… »

 

Je tente une résolution de conflit : Monsieur, vous pouvez revenir lundi avec votre ticket de caisse ils s’occuperont de vous.
Monsieur : Non mais je n’ai pas que ça à faire moi de venir lundi.
Moi : Eh bien moi, je n’ai pas que ça à faire de m’occuper de vous maintenant.

 Barracuda : Maintenant est-ce que vous pouvez sortir s’il vous plait monsieur ?

 Monsieur : Non, je reste tant qu’on ne m’a pas vérifié mon produit. Vous avez qu’à partir, moi je reste.

 Barracuda dont la patience à tout de même des limites : Monsieur, soit vous sortez, soit je vous fais sortir de force.

 
Et la monsieur décampe enfin de ma caisse et sort du magasin. Il est 20h55 et je viens d’offrir 25 minutes non payées de mon samedi soir à un abruti de première classe !

Sur le chemin du retour je suis partagé entre ma furieuse envie de le vendre en pièces détachées au rayon boucherie de ce magasin dans lequel il aime tant passer son samedi soir et la pitié que j’ai pour un homme seul alcoolique et désespéré au point d’avoir comme seule distraction le plaisir de me casser les pieds. 

Retrouvez plein d'anecdotes de caissier(e)s et de clients ici. 

Publié dans Un peu de tout

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rapha 27/09/2008 17:49

bon franchement là, ya vraiment des gens qui font tout pour faire chier leur monde... surtout si c'était pour 30 centimes quoi!!enfin je trouve que ton idée de le vendre en pièces détachée n'était pas trop mauvaise... mais plutot au rayon fromage, comme ça il aurait les babybels en face de lui et il pourra apprendre le prix par coeur xD