Maroc : un pays de contrastes

Publié le par Apprenti Juriste

Une fois n’est pas coutume, l’apprenti juriste que je suis à pris quelques vacances. Comme d’habitude mes vacances ressemblent à tout sauf à des vacances. Oubliée la plage, oubliée la glande. Mais que reste-il ? Eh bien contrairement à ce qu’on pourrait penser : beaucoup de choses.

En fait, mes vacances ne se déroulent pratiquement qu’à l’étranger et c’est à chaque fois une découverte de la culture locale. Et coté culture locale, le Maroc ne m’a pas déçu !

Petits taxis

A peine arrivé à la gare qui relie la ville à l’aéroport je découvre une des spécificités locales : les petits taxis (peints en rouge à Casablanca en bleu à Rabat). Ce sont des vielles voitures (Renault 5, Peugeot 205, fiat d’un autre âge…) toutes de la même couleur dotées d’une petite galerie jaune sur le toit. Jusque là rien de bien particulier. La différence avec un taxi traditionnel à part que certaines voitures ont vu leur compteur s’arrêter il y a quelques années par manque de chiffres, c’est que la course ne se paie pas au temps de trajet mais à la personne. Une autre particularité est que le conducteur peut à tout moment décider de prendre quelqu’un d’autre que vous pour rentabiliser. Ceci fait tout de même descendre la course à 1€ par personne et transforme le taxi en moyen de transport abordable et quasi quotidien pour certains marocains.

Je n’ai pas eu de chiffres  mais je pense qu’il y en a autour de 100.000 à Casablanca (ville de 6 millions d’habitants), dans la rue une voiture sur 3 est un petit taxi.

Il existe aussi des taxis plus « conventionnels » (taxis blancs). Ce sont aussi de vielles voitures mais il s’agit là de Mercedes et leur mode de fonctionnement est beaucoup plus proche du notre. Contrairement au conducteur de taxi rouge qui peut se lancer dans la profession du jour au lendemain et qui a souvent un autre métier en parallèle, le chauffeur de taxi blanc a une licence et est inscrit en préfecture.

Il y a quelques années a été envisagée la suppression de ces taxis. On leur reprochait leur dangerosité (il est vrai que la rentabilité compte plus que la sécurité). Le lendemain ils bloquaient toutes les grandes villes et paralysaient du même coup l’économie. Je laisse à ceux qui ont assisté à la grève des taxis français imaginer 100.000 taxis en grève dans une seule ville ! Le gouvernement a du céder et les petits taxis continuent de véhiculer les marocains sans trop se soucier de l’avenir de leur profession.

Laiterie

Il existe au Maroc un commerce qui n’existe plus depuis des décennies en France : les laiteries. Ce sont des sortes de petits bars ou l’on vend… des jus de fruits, du thé, des viennoiseries, des yaourts et un peu de lait ! Ils proposent notamment des panachés. Ici le sens est totalement différent du sens Français, il s’agit de fruits mixés et réduits en purée accompagnée de lait, sucre et crème fraiche. Cela donne au tout une texture proche du smoothie. La différence c’est que c’est servi dans des chopes de 50 cl et que ça coute moins d’un euro. J’ai donc pu rattraper mon cota de fruits durement mis à mal pendant l’année !

Epicerie POWAAAAA

Si les épiceries françaises sont tenues à 99,99 % par des maghrébins ce n’est pas seulement parce qu’un français ne supporterais pas les horaires pas seulement parce que c’est un emploi mal payé. Ils sont les Rois de l’épicerie ! On trouve dans une épicerie marocaine la même qualité de service que dans un grand hôtel, le décor en moins.

Il existe une qualité de service exceptionnelle au Maroc mais c’est dans les épiceries qu’elle atteint son paroxysme. La notion de client oubliée chez nous est une quasi-religion chez eux.

Premièrement, ils ont tout ! Les surfaces sont petites mais grâce à une science millénaire du rangement et à des hauteurs sous plafond que nous réservons à nos cathédrales, on peut trouver à peu près autant de références dans un recoin de 15m² que dans nos hypermarchés.

Mais ce n’est pas tout, ces échoppes regorgent de petites mains qui n’attendent que nos désirs pour les exécuter. A peine je m’approche d’un étal de fruit qu’un homme dévoué à cette tache me demande ce que je veux et l’emballe. Lorsque je lui demande des tomates, il constate avec stupeur qu’il n’en à plus. Aussitôt et avant que je manifeste la moindre demande ni le moindre signe de mécontentement, il ordonne à un collègue d’aller en acheter ailleurs pour les ramener !

Il ne fera donc aucune marge sur ce produit qu’il a du cavaler pour aller chercher mais l’honneur est sauf : le client est satisfait. Et non seulement je suis satisfait mais je suis complètement éberlué. Et pendant que je me plais à imaginer la réaction d’un manutentionnaire de carrefour dans la même situation, mes articles son passés à la caisse en rangés dans mes sacs par catégories d’aliments.

Je n’ai pas encore eu le temps d’aller visiter une mosquée mais aujourd’hui j’ai découvert mon propre lieu de culte.

Hypocrisie commerciale

Devinez ou sont les usines qui fabriquent les vêtements le luxe. En Italie et en France comme le marque les étiquettes ? En Chine comme le reste des vêtements ? Au Maroc ! Et en particulier dans la région de Casablanca, poumon économique du pays. Ainsi on trouve dans un quartier près du centre-ville des boutiques qui constituent une vitrine pour les patrons d’usines. Au cours d’une discussion avec un de ces grossistes, j’ai découvert le fonctionnement des filières du luxe. Le tissu, les boutons et tout ce qui constitue les vêtements est fabriqués par des machines en Europe. Le tout part par bateau au Maroc ou les petites mains fabriquent les vêtements. Il existe des centaines d’usines qui emploient des dizaines de milliers de personnes. A la fin de la fabrication l’ouvrier marocain pose un « made in Italy » plein d’ironie. Puis le tout est emballé et renvoyé en Europe prêt à être vendu.

Ainsi les costumes de luxe italiens qui peuvent dépasser les 1000 euros coutent à fabriquer 500… Dirhams soit 50 euros.

La prochaine fois qu’au cours d’une discussion sur les délocalisations comme nous Français les apprécions tellement vous entendrez « Si ça continue il ne nous restera plus que le luxe », ne vous gênez pas, riez à pleins poumons !

  La fracture sociale ? Le gouffre social

En France les différences entre riches et pauvres deviennent insoutenable et menacent la cohésion nationale ? Peut-être. Mais ce qui est un mal de société en France est le pilier fondateur de l’économie marocaine.

Ici le salaire moyen est de 2000 Dirhams (200 euros).  Il existe un salaire minimum légal de 1800 Dirhams mais celui-ci bien que très faible compte tenu des prix n’est que rarement respecté. Pour vous donner une idée je vous donne le salaire de quelques corps de métiers. Professeur des écoles 4000, de collège 5000, de lycée 6000, d’université 30.000 ; ingénieur débutant 6000, au bout de 10 ans de carrière 20.000, quand au cadres dirigeants leurs salaires peuvent s’envoler pour atteindre ceux de leurs homologues français !

Au sein des mêmes entreprises, des mêmes locaux, cohabitent donc des gens dont les salaires peuvent avoir un rapport de 10 ou 15. Aussi, venant du pays de la démocratie sociale et des émeutes urbaines, je ne comprenais pas pourquoi cela ne posait pas de problèmes, pourquoi cela ne créait pas de plus de tension. Et puis un jour j’ai compris.

Les bus sont un bon moyen de se fondre dans la masse, ils sont si nombreux que le bus de devant et celui de derrière sont toujours a portée de vue. La voiture étant un moyen de transport inaccessible pour la plupart (comptez 1.300.000 dirhams pour une petite voiture neuve, le prix d’un deux pièces) , le bus qui est trois fois moins cher que les taxis rouges est le moyen de transport de Mr Toutlemonde.

Un jour j’ai pris le bus dans le mauvais sens. En déplacement dans la banlieue chic de Casablanca, je me suis alors éloigné de la ville au lieu d’y retourner. C’est alors que j’ai découvert un autre visage du Maroc. Un visage qu’un occidental n’est pas sensé voir mais pourtant un visage qui est présent dans l’esprit de chaque marocain.

Ce visage, c’est des hommes de 50 ans qui en paraissent 40 de plus et que le travail a tant épuisé qu’ils ne peuvent se tenir debout. Ce visage c’est des immenses décharges à ciel ouvert dans lesquelles des hommes et des femmes de tous âges cherchent de quoi faire vivre leur famille. Ce visage, c’est celui de la survie, par tous les moyens.

Voila qui explique qu’il y ait moins de tension qu’on aurait pu l’imaginer. Cet employé qui gagnera toute sa vie 5 fois moins que son supérieur hiérarchique sans possibilité d’évoluer est en fait un privilégié et se considère comme tel. Il peut vivre et faire vivre sa famille, il a de la chance et le sait.

Publié dans Un peu de tout

Commenter cet article

DAOUDI YOUSSEF 02/03/2016 19:24

Bonjour,

J'écris quand même un commentaire sur un article paru il y'a 4 ans :) Mais bon , je trouve la description très correcte et révélatrice du quotidien des marocains, rien à dire. On peut dire que vous avez bien cerné la question lors de votre passage au Maroc. Etant Marocain, je vous tire mon chapeau.

Je tenais juste à vous rajouter une dernière idée que je trouvais importante à rajouter à votre analyse. Au Maroc, la culture de la famille est très développé par rapport à ce qu'on peut voir en Europe (malheureusement) ; les personnes âgées tendent à être plus respectés de par leur âge. De plus, la tendance au Maroc tend à ce que toute personne ayant accès à un certain revenu descend tend à veiller à aider les proches dépourvus de tout revenu. Une idée à rajouter au raison de l'acceptation des disparités sociales. En plus de ces aides financières inter-famille, l'Islam comme religion révèle que tout revenu ou bénéfice qu'une personne pourrait recevoir dans sa vie n'est tout autre que l'oeuvre de dieu, en sachant qu'une partie de ces revenus restent la propriété de dieu et doivent être absolument donnés aux pauvres personnes , proches , et orphelins... Nous n'avons pas de chiffres en ce sens, mais je peux vous garantir qu'une grosse manne d'argent circule des mains des personnes aisés vers celles dépourvus. Un autre argument défendant le calme social vis à vis des disparités.

J'espère que mon commentaire puisse vous avoir éclairer un peu plus quant à la culture local Marocaine.

Cordialement,
Youssef DAOUDI

mourad 06/03/2012 23:55


bonjour ton texte ma beaucoup plus du a une description precise de la situation


ton voyage a du t apporte certaine idee

Rachid 16/01/2012 23:10


Erratum : eu lieu de "Un appart" au début de mon commentaire, veuillez lire "une petite voiture neuve"


désolé!

Rachid 16/01/2012 23:07


Un appart à 1.300.000 dirham ?!!! je pense qu'il y a une légere éxagération dans le chiffre ; il faut plus parler de 70 000 DH comme tarif d'accès à la voiture au Maroc. Par exemple la Dacia
Logan coûte à partir de 76.000 Dh (et y a moins cher).

Apprenti Juriste 26/01/2012 05:08



Merci de votre correction, c'etait un chiffre qu'on m'avait donné, il semble qu'un marché low cost se soit developpé.



Jeremy 25/03/2010 15:28


Bonjour.
Cet article est superbe et décris vraiment ce que l'on ressent lorsque l'on découvre le Maroc.
Le yin et le yang.
Bravo pour cet article si bien écrit.


Apprenti Juriste 02/04/2010 09:26



Merci beaucoup, je suis touché !