La bourse ou la vie ?

Publié le par Apprenti Juriste

Il y a quelque mois j’ai décidé d’être moniteur de colonie. J’entre alors en contact avec un organisme dont le nom évoque les vacances et le soleil (vous comprendrez plus tard pourquoi je ne peux pas le citer). Un organisme d’apparence sérieux, la direction assurée par un couple quasiment à l’âge de la retraite. Je les rencontre une première fois chez eux en Bretagne, ambiance bon enfant, le courant passe. Ils décident alors de me donner un poste d’animateur en Corse. Des gamins de 12-17 ans, tout baigne quoi.

Je prépare tout un tas de documents pour que la colo se passe bien : planning, inventaire, projet pédagogique…

 

On se revoit une semaine avant de partir et la je vais aller de surprises en surprises.

Le salaire d’abord, 18.5 € par jour. Je ne faisais pas ça que pour l’argent mais rapporté aux heures de travail ça fait un peu plus d’1€ l’heure. Rapporté au mois, ça fait a peine plus que le RMI… Mais bon, je suis logé nourri, mes vacances sont payées, je ne vais pas faire la fine bouche.

Ensuite vient la partie administrative, il m’annonce la situation de but en blanc : «  vous êtes déclaré comme des bénévoles, votre salaire sera versé par le directeur de la colonie en liquide ». Travail mal payé, pas déclaré donc pas de cotisation pour la retraite mais surtout pas de contrat de travail, pas de protection en cas d’accident de travail… Je commence à voir rouge.

 

Mais ma bonne volonté étant quasiment inébranlable, je lui dis « Banco ! ». De toute façon il est trop tard pour retrouver un autre job, je n’ai plus vraiment le choix.

Notre déjeuner se termine sans encombre, vient le moment de me confier la voiture. J’aperçois le véhicule, et la je vire au cramoisi. C’est une FIAT de 1995 avec plus de 350.000 kilomètres au compteur. En dehors de l’état lamentable du véhicule, je commence à me poser des questions sur sa fiabilité, surtout quand le cher monsieur m’annonce « Ne dépasse pas 110km/h, des fois il y a des voyants qui s’allument, fait pas attention ! ». Cependant, il se veut rassurant «  j’ai fait le contrôle technique il y a un mois, je l’ai même fait réviser une dernière fois ce matin. » Sa bouille de gentil papy inspire confiance, j’acquiesce donc sans poser de problème.

Sur la route je constate que le voyant de frein à main qui correspond également à l’usure des freins est allumé, le frein à main ne fonctionnant pas très bien, je ne m’inquiète pas outre mesure.  De toute façon, il ne faut pas se fier au voyants, la voiture est révisée, je n’ai aucune inquiétude à me faire.

 

Le lendemain, je vais chercher de l’essence et j’en profites pour ramener un ami chez lui. C’est la qu’arrive ce qui aurait pu être un drame : je suis sur une sortie d’autoroute, j’appuie donc sur la pédale de frein pour ralentir. Et la, plus de frein ! La pédale est comme « molle » j’ai beau la presser jusqu’au bout il ne se passe rien. A ce moment la je commence à craindre pour ma vie, je suis a 100km/h et la sortie se termine dans 100m par une route perpendiculaire. Je tente le frein moteur en me mettant en 1ere mais ce n’est pas assez efficace, je suis encore à 75. Je tente le frein à main, il marche mal, ça n’a aucun effet. A ce moment la je pense vraiment vivre mes derniers instants sur cette terre. J’appuie de toutes mes forces sur ce maudit frein, j’appuie et j’appuie encore. Et soudain, miracle, le frein réagit, la voiture s’arrête juste à temps.

Et la ou n’importe quelle personne saine d’esprit se serait arrêtée sur le bord et aurait appelé une dépanneuse, je me mets en route pour chez moi. Après tout, il n’y a que quelques centaines de mètres. Je passe la première, j’allume les feux de détresse (warnings) et hop, c’est parti !

Je traverse la ville avec un certain succès au vu du matériel mis à ma disposition et je parviens même à me garer dans ma résidence. J’arrête le moteur et je verse toutes les larmes de mon corps, réalisant enfin ce qui venait de m’arriver.

 

J’appelle la dépanneuse, puis j’appelle le directeur pour lui faire part de ce que j’ai vécu et au passage pour lui exprimer tout ce que je pense de son véhicule. Et la ou n’importe quel être humain se serait senti embarrassé, Mr me réponds de but en blanc «  ça m’embête du coup j’ai plus de véhicule pour la colo, tu peux le faire réparer pour quand ? ». La c’en est trop, j’explose ! Je reste très courtois au vu de la situation mais je lui fais comprendre clairement que je le tiens pour responsable de ce qui est arrivé et qu’il est hors de question que je remonte dans son tas de ferraille.

Et sur ce, il ne se démonte pas «  Un véhicule de location c’est trop cher, ça va rogner sur mes marges, je vais mettre en place une autre équipe. »  Traduction : «  Je n’en ai rien à foutre de ta gueule ni de la vie des gosses que je prends en charge, ce qui compte c’est mon pognon, de toute façon t’a pas de contrat, je te vire comme une merde si je veux ».

Je suis tellement outré que je ne réponds que « Allez-y, mettez en place une autre équipe, je suis ravi de ne pas avoir à bosser sous les ordres de quelqu’un comme vous. »

 

Bilan : j’ai failli crever, je n’ai aucune compensation, plus de vacances, j’ai bossé pour rien et j’ai perdu mon job.

 

Mais l’histoire ne se finit peut-être pas la. Quelques jours plus tard, après avoir cherché sans succès un job d’été ainsi qu’un stage dans un cabinet d’avocat, je raconte mon histoire à une ancienne étudiante en droit. C’est une mère de famille qui a fait du droit dans sa jeunesse avant de se consacrer à ses enfants et qui à la fin de mon histoire m’interpelle. « Eh bien tu n’as qu’à l’attaquer devant le tribunal des prud’hommes pour rupture abusive du contrat de travail. »

Je suis sceptique «  Mais je n’ai PAS de contrat de travail ». «  Tu n’en à pas besoin, c’est un contrat tacite. » Je m’apprête donc à saisir ce fameux tribunal des prud’hommes, grâce à l’aide juridictionnelle fournie par la mairie à ceux qui comme moi sont loin d’avoir les moyens d’engager un avocat.

 

Je vous informe de la suite dès que suite il y a.

 

En tous cas, vive le droit et vive la justice !

 

Publié dans Droit

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